Entretien avec Eric Lamoureux

Publié le par on marche administration

IMG 4628IMG 4627

Entretien avec Eric Lamoureux à propos de Danse de Pièze.
Duo chorégraphique d'Eric Lamoureux et d'Héla Fattoumi. La pièce est un enchainement de mouvement qui offre à voir la sollicitation et la naissance de la sensualité. Les corps circonscrit sur un tapis conducteur fait de cuivre, sont tantôt un miroir par lequel appréhender ses contours tantôt le miroir déformant qui invite à faire du je un écart. Première image de Narcisse, reflet dans l'eau vers lequel tout le corps se penche. La matérialité de l'autre contrarie et déjoue le sortilège du reflet pour tendre vers des résistances qui appellent à toucher et à être touché. C'est tout un jeu de transfert des poids, d'image, d'affect qui s'organise autour de la lutte physique et de la joute intellectuelle. 

Document sonore : Revue radiophonique A Bout de Souffle
Durée : 30mn
Eric Lamoureux & Héla Fattoumi : CCN Caen
Photos : Helena Inverno & Saadi My Mhamed

Hela Fattoumi&Eric Lamoureux8-Ph My Mhamed Saadi




Danse de pièze embrasse l'univers

IMG 4594


«L’univers est un coran silencieux. Le coran, un univers éloquent.
 Et le prophète Mohammed, un coran qui marche sur ses deux pieds.»



Pièze retrace par le biais du corps et du geste, le cycle de la vie de l’Homme et de l’humanité, de l’Homme dans sa relation avec lui même et avec l’autre, tel qu’inspiré par le coran, et la culture musulmane en général.

Tout commence avec une naissance, un choc, une rencontre entre deux éléments se miroitant à travers leur ressemblance, se complétant, s’incorporant ou s’affrontant à travers leur différence. Dans pièze, une dualité se concrétise par les positions des danseurs qui n’adoptent jamais une même posture : horizontal, pieds ancrés dans la terre ou vertical, longeant le sol des mains et de la tête. En haut ou en bas, pile ou face, recto verso. L’un est doux, plus mince, l’autre est fort, plus lourd. Orient et Occident, l’un est l’extension de l’autre.
Formant un monstre serpentant, l’un représente de ce corps en réptation son extrémité, de la tête au cou, l’autre la postériorité, du milieu au bout. Sorte d’androgyne originel qui tirant sa puissance de ses deux têtes (souvent, l’une féminine, l’autre masculine) et voulant défier les dieux, selon Platon, fut séparé en deux par Zeus.
De sa naissance jusqu’à sa mort, la vie de l’homme est faite d’une quête, quête de ce qui lui manque, quête de l’autre, quête de l’âme sœur, quête d’éternité…
Il nait : Sa graine menée au gré du vent vers une terre, germe. Sa plante pousse dans le temps. Un temps à échelles différentes. Un temps lent, allongé ou ralenti, un temps court ou accéléré : sa tige grandit en tandem ou en solitaire, devient arbre aux branches tendues vers le ciel, et aux racines ancrées dans le sol. Un arbre parmi les arbres. Le temps et le vent par ses vibrations, fécondent, inclinent, relèvent, font danser l’arbre, mais peuvent aussi le déraciner.
Le cycle de la vie se répète créant le rythme et la musicalité de Danse de Pièze : silence, vibration, battement, paroxysme…puis retour au silence.
La paix, moments d’intimité où l’on communique avec l’autre, on le touche, on lui fait confiance, on se relâche.
Il cède, neutralisant son égo cherchant au profond de lui même son unité, alliant son âme à son corps, ses idéaux à sa matière, cherchant l’amour, ou de la place pour l’accueillir. L’homme devient alors plus libre et sort du cadre, de la dimension matériel, du maternalisme obscure vers la lumière.
Le guide c’est aussi l’autre, qui veille sur nous, nous apprend à devenir, à marcher sur nos deux pieds, avant de se retirer, nous laissant tracer notre propre voie avec son lègue et le souvenir de notre état fœtal. Puis chacun, à son tour finit par s’évanouir sous terre, laissant la place à une autre vie.
La solitude, ce mal, créatrice de dialogues intérieurs – parasites - satellites de soit - mène aussi vers l’autre, à sa rencontre. Chacun est alors le remède de l’autre. On s’échange les énergies, passant du pôle positif au pôle négatif. Pour limiter les coups de circuit et pour une meilleure compréhension de l’autre, on crée un code. Mais sa transgression complique les codes jusqu’à en créer de nouveaux toujours plus arbitraires, suite à la destruction de la tour de Babel, origine selon la bible des différents langues, cultures et civilisations. Puis chacun devient le mal de l’autre, enfermement, recroquevillement…
On cherche, on regarde partout mais on ne perçoit pas celui qui est juste en face.
Puis vient la lumière, elle annule le cadre, les frontières obscures faites de peur et de préjugés.
Alors chacun va, marche, court libre. Les obstacles qu’il rencontre le rende plus déterminé, lui donne plus d’élan, ouvrant ses ailes à l’autre.
Ou bien on résiste. On se compare à l’autre. Chacun scrute les défauts de l’autre, chacun se mesure à l’autre, la « pièze près ». Une lutte, où il y a un vainqueur, un vaincu. Mais la chute n’est pas forcément un échec, et la gloire ne demeure pas éternellement. A son tour, le vainqueur devient vaincu, dominé, asservi, esclave. Les rôles changent.
Aussi dans sa quête, l’homme cherche la connaissance, la transmet écrivant, laissant sa trace sur terre, construisant sa civilisation. De terre revenant vers la terre, le danseur se courbe et se tord. Le magnétisme et l’apesanteur de la terre guident ses pas.

Texte : Mohamed Amine Harmach
Image : Héléna Inverno 

Notes :

*Dualité : « Et de toute chose Nous avons créé [deux éléments] de couple. Peut-être vous rappellerez-vous?» ( Adh-Dhâriyât ‘Qui éparpillent’ verset: 49)

*Rencontre de l’autre : « Ô hommes ! Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entreconnaissiez. Le plus noble d'entre vous, auprès d'Allah, est le plus pieux. » (Al-Hujurât : Les Appartements ; verset 13)

*Egalité entre les races : Le prophète Mohammed dit : « Il n'y a pas de différence entre un Arabe et un non-Arabe, si ce n'est par la piété et la bonne action » «Tous les humains sont égaux comme les dents d'un peigne ; seules les différencient la piété et la bonne action » 

 

Publié dans On Marche 5° edition

Commenter cet article

Agnès Pesenti - Cie Anne-Marie Porras 21/01/2011 14:26



La compagnie Anne-Marie Porras présente Nadir jeudi 27 janvier à 19h00
à l’Institut Français de Marrakech



Nadir (de l’Arabe Nazir) signifie « le point le plus bas ».
C’est la position du soleil à minuit, opposée au zénith.



Cette pièce chorégraphique pour cinq danseurs d’une durée de 70 mn nous parle d’un temps suspendu, une fracture où tout reste dans l’ordre du possible… Anne-Marie Porras et ses interprètes
mettent ici notre part d’ombre en lumière en mêlant intimement trois médias : Danse, texte et musique.



Pour Nadir (création 2010), Anne-Marie Porras a fait appel à des danseurs étrangers,
bousculant ainsi différents codes : culturels, esthétiques, émotionnels…



Le décor métal, sombre et froid illustre un lieu dans lequel évoluent des êtres en errance,
exclus d’une société. Au travers de rencontres ou conflits, chacun s’essaie à trouver sa place et à la défendre.
Les interprètes se croisent, partagent une solitude à plusieurs. Et malgré leur chaos
intérieur, ils savent rire d'eux-mêmes car ils n'ont jamais perdu l'espoir de construire un
immense jardin où poussent encore des coquelicots sauvages.....



Anne-Marie Porras crée sa compagnie en 1985 et présente Transit pour le Festival
international Montpellier Danse. En 1986, elle ouvre Epsedanse : Centre de formation
supérieure du danseur (Montpellier).



Epsedanse est une école renommée, ouverte sur le monde, qui accueille de nombreux
étudiants étrangers. Elle développe des échanges internationaux comme avec le Centre de
Développement Chorégraphique La Termitière au Burkina Faso.



Anne-Marie Porras exprime sa passion de la danse et développe une oeuvre chorégraphique au travers d’un répertoire riche d’une quinzaine de pièces qui ont tourné en France et en Europe, sur le
continent Africain, les îles de l’Océan indien, la Polynésie et les Caraïbes.



Nadir / distribution



Chorégraphie et direction artistique : Anne-Marie Porras
Danseurs : Yann Cardin, Henri Haddad, Gianluca Girolami, Ben Marchand,
Aurélie Mouilhade
Parolier : Ben Marchand dont les textes explorent le phrasé poétique du Rap et du Slam.
Création lumière : Jacques Châtelet
Création sonore : Bruno Ray



Contact presse : Agnès Pesenti +33 6 14 60 72 98



on marche administration 31/01/2010 10:11



Pauvre corps humain ! Tout le monde t'accuse des crimes que tu n'a pas commis. Pourquoi donc ce silence ? Parle misérable créature, et dévoile les secrets, et tout ce qui se passe à l'intérieur
de toi-même. Qui sont ces entités secrètes qui se cachent derrière toi ?


L'homme est complexe, très sophistiqué, mais trop souvent réduit au "Moi". Or, il n'est pas un, mais deux, trois, une infinité d'entités qui, à chaque moment prennent des décisions aléatoires,
par rapport au corps qui devient, de ce fait la victime responsable de l'acte.


La pièce d'Eric Lamoureux montre cette dualité, cette multiplicité des entités qui compose l'homme. Ce duo, comme deux corps qui se contredisent, se disputent nous dévoile la rivalité qui dépasse
le rapport traditionnel du "Je " et de l' "Autre", pour nous porter vers une rivalité qui se situe au sein de chacun de nous.


Conflit, concurrence, entente.


D'une part, on a pu voir une seule entité sous une lumière concentrée. Il s'agissait là surtout du moment de la décision. D'autre part, on a pu voir et entendre les entités rivales, sous
l'obscurité, préparant clandestinement une révolution à venir contre cette première décision.


Le lieu de l'entente entre les forces contradictoires qui pousse l'homme à agir, nous est inaccessible, dans la pièce retiré du regard, sous le sol. En deçà donc. Ne serait-il pas, le moment où
nous avons comme un besoins de retourner à l'utérus, comme lorsque nous rejoignons le lit et que nous prenons l'attitude du foetus. 


"Pourquoi m'as-tu fait sortir maman ? Nous étions le couple le plus adéquat que le monde ait connu. "


Mais un tel moment de répit ne dure pas longtemps. Et la rivalités des passions relance l'agitation des corps.

Redouan Ahalelfadl