Jeudi 27 janvier 2011 4 27 /01 /Jan /2011 13:12

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Une solitude parmi nous danse ses solitudes.

 

On Marche.
Quelque soit la fatigue, le monde, le corps, cela est encore et pour la sixième fois. Et dans ce qui du monde s'affole, et dans ce qui du monde se lasse et délaisse, il y a cet espace qui surgit. Un lieu s'ouvre et c'est tout l'espace qui paraît. Ce qui s'invite dans cet espace est une conversation interminable, sans cesse reprise et dépliée : être seul ensemble, que seul soit possible et se partage. La fin d'un mouvement des corps est une histoire racontée aux enfants pour mettre fin à leurs fabulation qui les écartent d'un chemin déjà tracé, c'est une histoire pour mettre fin aux possibles. Or qui peut faire que cesse tout mouvement, toute marche réelle ou imaginaire. Ce sera le temps des solitudes reliées.

Nous sommes si collés que nous nous marchons dessus, nos oreilles sont si proches des bouches que nous ne nous entendons plus et nos bouches sur notre visage et notre visage si collé aux corps que nos bouches collées et nos bouches ne parlent plus parce que nos bouches si collées et emplâtrées ne sont plus des bouches à voix, au mieux crions nous, au pire crions nous, mais qui pour nous entendre ?

Nous sommes si seuls. Non. Nous n'avons jamais su être seul. Nous sommes ensemble. Non. Nous n'avons jamais su être ensemble.

Reprenons alors par ici. Nous sommes à Marrakech et Taoufiq Izeddiou nous invite à faire le chemin. Il nous dit alors : pour la sixième édition j'offre à voir des spectacles de danse autour du solo. Et nous serons plusieurs à danser nos solo. Et nous serons plusieurs à voir des solo. Des soli pour le pluriel. Cette année la danse être seul à plusieurs...

Bien sûr le solo en danse c'est une question d'économie.

Or c'est aussi une autre économie qui vient se mettre en jeu. Le danseur est seul et lui seul est face à un espace qu'il doit peupler, dépeupler et repeupler. Et pour cette danse de solitude c'est toute une dépense qui est en jeu, une dépense incroyable, incalculable. On dit aussi incommensurable.

Qu'est ce alors qu'une solitude dansante, serait-ce faire danser son corps seul et seul semble insuffisant, c'est une solitude peuplée qui se donne à voir. Georges Didi-Huberman dit avec le danseur, le solo chez un danseur c'est faire danser ses solitudes et il appellera son livre le danseurs des solitudes. Dans un geste il y a tous les gestes, celui des anciens, des contemporains et aussi celui de ceux qui ne sont pas encore venus, mais qui dans cette danse des solitudes viennent. Dans un geste c'est tout le monde qui se condense et se trouve relancé dans un éclatement, une multitude. Une solitude est elle-même un espace suffisamment vaste pour qu'il se peuple , ce n'est pas l'individu mais elle s'appuie sur l'espacement entre chacun, un espacement dont le touché n'est pas écarté, l'espacement n'est pas non plus une ligne qui viendrait séparer et diviser. Cet espacement c'est du temps, le déploiement de la voix, l'adresse à l'autre, la venue de l'autre, le déploiement d'un geste qui ne cherche plus à écarter et à s'en sortir seul, mais un geste qui accompagne d'autres gestes sans qu'il s'étouffe.

Par on marche administration - Publié dans : On marche 6° édition
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